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mardi 29 décembre 2009

(VIDEO) Pour "informer" rien de tel qu’être dans le peuple comme le poisson dans l’eau.

Un autre "journal télévisé" est possible...

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mardi 10 novembre 2009

La lutte des travailleurs du cafè, une manière de reparler de Vive TV

Le fait que la plupart des journalistes ne veulent pas s´opposer à l´idéologie des actionnaires des médias qui les emploient, nous oblige à passer un temps considérable à faire leur travail à leur place, à ré-informer les lecteurs désinformès. Ce qui laisse peu de temps pour parler de l´expérience tâtonnante de Vive TV comme "télévision socialiste". Nous fêtons cette semaine six ans de travail quotidien au contact des plus diverses organisations sociales, des contradictions de ce processus. Nous aurions pu facilement nous bureaucratiser, nous refroidir lentement, avec nos sept cents employés. Mais hier par exemple nous étions avec notre caméra en train d´écouter la vie d´une ouvrière qui a donné 42 ans de sa vie à un patron torréfacteur, Fama de América, un de ces "pulpos" comme on dit ici, intermédiaires obligés d´une économie encore largement capitaliste qui signifie la misère pour les petits producteurs de café et les prix forts pour les consommateurs.

On croit s´éloigner du centre de Caracas : on arrive au véritable centre de la ville. Ces usines serrées les unes contre les autres, ces trottoirs trop minces c´est le zoning de “La Yaguara”. Un lieu sans histoire. Les murs parfois, par un carré de verre, laissent entrevoir quelqu’un parlant de profil, puis qui disparait, un employé. Les ouvriers on ne les voit pas, il n´y a que la rumeur des machines.

Des murs de Fama de América suintent des vapeurs de café torréfié. Des années qu’ils luttent. D’abord pour leurs droits, contre un syndicat patronal, ils ont ainsi réussi a créer un nouveau syndicat. mais depuis deux mois, la volonté ferme de la très large majorité des travailleurs tient en un mot : la nationalisation. Aujourd’hui il s´agit du contrôle de l’État sur l’entreprise. L’entreprise est sous observation car l’État a voulu intervenir contre l’accaparement. Les inspecteurs de l’Etat, au début, ne veulent pas de nous. (Nous : un compagnon du MST, quelques professeurs bolivariens ou marxistes, un journaliste de “Tribuna idéologica”, l´équipe de Vive, la télé “du pouvoir populaire”). Vive TV accompagne les travailleurs de Fama de América dans leur combat pour une véritable participation des travailleurs (voir le court-métrage diffusé en permanence sur la chaîne, où nous passons régulièrement des reportages sur la lutte). C’est le leader syndical et un groupe de travailleurs qui nous font entrer, “c’est nous qui décidons même s’ils ne veulent pas”.

Dans le réfectoire. “Tous nous appuyons la nationalisation”. Des femmes usées, qui veulent parler, lancent des bouts de phrases. “... que l´État se magne... penser vite, comment on s´organise.... il ne suffit pas de...”. La lutte des salariés de Fama de América n’est pas un simple lutte de travailleurs. Elle traduit, comme ces phrases, cette conscience de classe naissante.

Pour sortir les kilos de café à l’usine de Fama de América de Caracas environ 25 ouvriers travaillent en rotation. Il y a trois départements : production, maintenance, équipe technique. L’entreprise dispose d’une autre usine à Valencia. Ajouté aux structures administratives, cela donne un total de 500 travailleurs. Dans la lutte pour la nationalisation, ils se sont unis. Gustavo Martinez : “les travailleurs et travailleuses de cette entreprise sont capables d’assumer la production et le fonctionnement de l’entreprise. Dans ce combat, nous, que l’on soit ouvrier, manœuvre ou cadre, nous n’avons pas besoin de chef”. Il rejette les arguments des opposants à la nationalisation : “Les patrons disent tout le temps, ils rient même de nous, que toute entreprise nationalisée par Chávez court à la ruine, à la corruption mais pour nous diriger ici, il y a trois niveaux : un chef, un super-intendant et un superviseur. Et ils osent dire que c´est dans le public qu’il y a de la bureaucratie”.

“L’autre jour, les patrons nous ont envoyé de faux employés. Ils les ont filmés avec des chemises où était écrit “Fama de America”. Globovision est venue, les a filmés, nous on ne les connaissait même pas. Ces faux travailleurs, ici on ne les a jamais vus, on est tous descendus et ils sont partis en courant. Les médias privés disent qu’il ne se passe rien, qu’il n´y a pas de reprise en main par l’État."

L’un de nous , le professeur Battaglini, après avoir écouté, prend la parole. “Ce n’est pas a nous, commence-t-il, ceux du dehors, de définir l’objectif de votre lutte". A cote de lui, Manuel Vadell, depuis l’origine éditeur de livre bolivarien , ami de la première heure de celui qui est aujourd’hui président. “Ce n’est pas a nous d’écrire votre histoire. Mais permettez-moi de vous dire...”. Il est coupé par un ordre venu du bas : les inspecteurs de l’occupation temporaire demandent aux ouvriers de ne pas trop discuter, il faut maintenir la production, ne pas donner d’arguments aux patrons. La moitie des cinquante descend avec discipline, l’autre reste pour écouter Battaglini, l’historien qui a vu deux erreurs principales chez Bolivar. “Comme vous le savez, la fonction de votre syndicat, c’est pratiquement de négocier, c’est-a-dire de veiller à ce que votre force de travail soit vendue dans de bonnes conditions, voilà, mais votre lutte, elle, dépend de beaucoup plus qu’un syndicat. Par exemple avez-vous prévu, dans chaque département, des comités de lutte ? Et quel est votre plan ? Et les techniciens et les manuels, combien êtes-vous d´ailleurs, avez-vous fixé un objectif département par département, un plan et un objectif clair portés par les comités ? Si vous ne sortez pas cette lutte de ces murs, si vous ne vous alliez pas avec d´autres travailleurs d´ici, du pays, vous serez jetés hors d’ici. Aucune réalité n’est immobile, elle ne cesse de bouger dans un sens ou dans l’autre, c’est à vous de prendre les devants, sinon le mouvement vous échappera, et l’usine avec. Vous vous êtes déjà déclarés comme leurs ennemis : vous leur avez disputé le pouvoir, vous leur avez disputé les ressources. Vous êtes obligés maintenant de gagner. Et si vous perdez d´autres perdront. (une pause)

Vous êtes prêts,vous avez le savoir-faire, il ne vous manque que le plan de la lutte, l´objectif."

Manuel Vadell, l’éditeur, prend la parole. “Les patrons, eux, ils se réunissent en ce moment pour décider de votre sort. Oui, en ce moment même, eux se réunissent, disent depuis une semaine dans leurs télévisions que vous mentez, et quand prendra fin cette occupation temporaire, ils vous mettront dehors. Le groupe que nous formons, qui s´appelle El Areopago est prêt a aider, nous avons des contacts avec les travailleurs das le reste du pays, parfois avec les ministres, le cas échéant. Nous avons aussi ce journal qui est le vôtre. Et parmi nous, et c’est un honneur, nous saluons la présence d´un compagnon du Mouvement des Sans Terres brésilien”

Alexander Conceicao déploie le drapeau vert, qui, plus qu’un drapeau, est pour les militant du MST un objet précieux, un motif de fierté. Celui-ci l’a accompagné pendant vingt jours de marches au Honduras, il y a dessus la sueur de deux peuples. Alexandre dit aux ouvriers que la solidarité du MST, le besoin de socialisme, la lutte contre l’impérialisme, c’est cet internationalisme que nous a appris Che Guevara, c´est la seule voie pour gagner. Sur la table il dépose les livres que Manuel Vadell a imprimés en espagnol : “Méthode de travail populaire”. Vingt-cinq années, ou plutôt quelques siècles de luttes, en quelques pages. Alexandre le dépose sur la table avec de la force dans le geste, pour dire aux ouvriers : lisez-le, armez-vous.

Un membre de Vive TV offre son appui non, en tant que journaliste mais en tant qu’un des sept cents travailleurs de la chaine, travailleurs de la communication, "nous pouvons faire l’image en direct de vos réunions avec d´autres ouvriers. Vive TV il y a quelques années a accompagné dans leurs luttes our la nationalisation d´autres ouvriers du papier ou des valves pétrolières, après que des patrons eurent conduits volontairement leur usine à la faillite et voulurent revendre leur lieu de travail morceau par morceau."

Il ne reste que 15 jours aux travailleurs de Fama de America. Après le gouvernement choisira, nationalisation, retour au privé ou.... “Nous savons que si nous perdons la lutte, revenir aux mains du patron cela signifie le retour au non respect des lois du travail, au non droit social, a la soumission. Cela ne peut pas arriver.”

Un des travailleurs “à vous écouter parler de nous unir aux autres je me rends compte de toutes les actions que j´avais proposées, que nous aurions dû mener et que nous n’avons pas encore faites."

"Il y a quinze ans, avant Chávez, la garde nationale les aurait déjà tous arrêtes, elle aurait vidé l’usine en deux jours” commente Battaglini, au retour. Le véhicule de Vive TV remonte le trafic vers Caracas, il fait froid. Manuel Vadell : “avec les techniciens, avec tout ce qu’ils savent, ce serait facile.” "Mais il faut s´attaquer aux relations sociales de production.” ajoute Buenaño. On cite les entreprises socialistes qui ont fini par reproduire l´ancien modèle, les gérants, les subalternes, le profit "socialiste". On parle de la difficulté de sortir d´une culture dominante, d´une universite des travailleurs. De formation politique.



Le 9 octobre 2009, le gouvernement bolivarien a finalement décidé de faire de Café Madrid une entreprise mixte, et de nationaliser Fama de América avant la fin de l´année. Cette premiére victoire ouvre la voie á l´organisation de véritables conseils de travailleurs au sein de l´entreprise. "Dans le cas de Café Madrid le rachat de la compagnie permettra de créer une entreprise mixte, mais les accords ne sont pas finalisés, explique le minsitre pour l´Alimentation Félix Osorio. La majorité des actions appartiendront à l´État afin d´éviter les situations irrégulières et nous sommes disposés à prendre toutes les mesures nécessaires. Il ne s´agit pas de manque de matière première, en aucun cas.”

Osorio a rappelé que la volonté de briser le monopole qui écrase les consommateurs comme les producteurs, s´applique aussi dans le cas des raffineries sucrières “Venezuela” et “Cazta”, respectivement situées dans le Zulia et dans le Táchira. Cazta est déjà entrée en action . le sucre est distribué à la population dans les états de Táchira, Apure, Barinas et Trujillo, tandis que la raffinerie Venezuela va démarrer ses opérations dès cette semaine.

Avec Grégoire Souchay

lundi 12 octobre 2009

Chantal Rayes piégée à Sao Paulo. (A propos de « Lula piégé à Tegucigalpa» (Libération) et de « Lula critiqué pour sa gestion de la crise hondurienne » (le Monde)

Poussés dans les cordes par une communauté internationale qui dénonce a l´unanimité la dictature meurtrière du Honduras, Libération et le Monde tentent de se remonter le moral en adhérant au Parti de la Presse et de l´Argent brésilien.

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dimanche 13 septembre 2009

Martine Gozlan, Axel Gylden, David Pujadas ou... Oliver Stone : qui est le journaliste ?


L´article de Marianne s´appelle “Hugo Chavez vire – vraiment – autocrate”. Avec “Hugo Chavez” écrit en rouge. Une photo le montre brandissant un livre rouge. La légende confirme : “le président vénézuélien s´applique a bétonner son pouvoir personnel”. On nous parle de violence, de blessés, d´arrestations, de fermeture de médias, d´un chaos qui “sent la mise au pas”, et de lois sur mesure pour baillonner l´opposition. C´est signé Martine Gozlan (19 aout-4 septembre 2009).

Dans l´Express du 8 septembre Axel Gyldèn confirme : “le Venezuela est devenu, sous Chavez,, une autocratie gérée comme une hacienda. La pauvreté n’a pas reculé. La criminalité a explosé. Les emprisonnements politiques arbitraires se multiplient. Les atteintes à la liberté d’informer sont devenues la norme. La guérilla "bolivarienne" des Farc (coupable de crimes odieux et d’enlèvements par centaines) compte sur l’appui déclaré du président "bolivarien".

Mais pourquoi le Venezuela excite-t-il à ce point le Parti de la Presse et de l´Argent (PPA) ? Noam Chomsky, en visite à Caracas il y a quelques jours, expliquait au président vénézuelien : “La mafia des puissants ne vous pardonnera jamais tant que vous ne payez pas leur rançon. Si vous la payiez vous seriez traité comme “un remarquable homme d´État”. Mais vous êtes devenu le dangereux microbe á exterminer.” (1)


Deux sondages récents, celui de l´IVAD, agence publique et celui de Datanalisis, agence privée peu suspecte de sympathie pour Hugo Chavez, indiquent que la popularité du président continue de grimper. Près de 60 % d´opinions positives en aout 2009, conséquence logique des progrés économiques et sociaux, de la baisse continue de la pauvreté, de l´essor de la santé publique en milieu populaire, etc...

Samedi dernier opposants (minoritaires) et partisans (majoritaires) de la loi sur l´Éducation ont manifesté pacifiquement, sans heurts ni blessés. Les dirigeants de l´opposition sont dépassés par l´adhésion croissante de la population, dont une part de leur propre base, aux avancées sociales, à la democratie participative. Divisée, incapable de proposer une alternative sociale, l´opposition voit fondre ses voix au fil des scrutins. Et ce malgré son quasi monopole des ondes télévisées, radio (80 % du spectre hertzien) et de la presse écrite. Martine Gozlan ne le dira pas aux lecteurs mais son argument principal ("y´a d´la casse, violence, repression autour de la loi sur l´education") a été démenti le jour de la rentrée des classes qui s´est déroulée sans le moindre incident, et les milliers de piquets annonces par les médias de l´opposition ont brillé par leur absence (totale !) : http://www.venezuelanalysis.com/news/4801

Cette perte d´influence pousse de temps à autre quelques casseurs de droite à fournir les “illusions nécessaires” aux photographes d´AFP et de Reuters. Mais ces gros plans en circuit fermé mondial ne trompent plus la majorité des vénézuéliens, béneficiaires d´une transformation pacifique menée depuis dix ans par la voie des urnes et des lois. Processus remarquable si on compare avec la violence des pays voisins, Colombie ou Mexique. Dans une societe composée à 80 % de secteurs populaires, qui – mis á part une minorité raciste, hantée par la haine de classe comme en Bolivie - s´opposerait sérieusement à une loi créant "l´éducation publique et sociale, obligatoire, gratuite, de qualité, de caractère laïque, intégral, permanent, socialement pertinente, créative, artistique, innovatrice, pluriculturelle, multiethnique, interculturelle et multilingue” ? (2)

Le cinéaste Oliver Stone vient de présenter à la Mostra de Venise son nouveau documentaire. Cette patiente enquête de terrain sur les révolutions latinoaméricaines l´a amené a rencontrer de nombreux chefs d´État “voir le trailer de South of the border” .


Sur ce que nous lisons, voyons ou entendons tous ls jours sur le Venezuela, Stone a déclaré : “Le manque de liberté d´expression que dénoncent les médias et l´opposition vénézuélienne est un mensonge. Celui qui va au Venezuela se rend compte que 80, 90 % des médias sont contre Chavez. Ils disent des choses trés dures sur lui et il le tolère. Il ne punit pas ces personnes, elles sont toujours en place. Aux États- Unis cela ne se passerait pas ainsi.” (3)

Ces propos ont suscité la réponse courroucée de David Pujadas. France 2 : Journal télévisé de 20h du 8 septembre 2009, David Pujadas : "Image de la Mostra de Venise, une fois n’est pas coutume, ce n’est pas un acteur ou une actrice qui tient la vedette de ce très célèbre festival mais le président vénézuélien : Hugo Chavez. Le réalisateur américain Oliver Stone lui consacre en effet un documentaire admiratif et il a été ovationné par le public, ironie du sort, il faut tout de même savoir qu’au même moment Hugo Chavez s’apprêté à interdire dans son pays 29 radios suscitant de vives critiques de la part des défenseurs de la liberté de la presse . " ( (transmis par ACRIMED)

“Chavez a fermé une trentaine de radios” s´indigne Martine Gozlan. C´est tout le contraire. En révoquant légalement des concessions périmées ou acquises frauduleusement, la CONATEL - le CSA vénézuelien – se montre plus démocrate que son homologue francais. Elle libère des fréquences que pourront occuper des médias associatifs. Elle tient compte de la revendication des citoyen(ne)s qui veulent s´exprimer en dehors du monopole commercial ou évangéliste. Faire passer, comme le fait Mme Gozlan, une démocratisation (timide) du spectre radioélectrique pour une atteinte a la liberté d´expression, était un classique des campagnes contre Salvador Allende.

photo : France 2


Mais “Chavez-est-le-grand-ami-du-tyrannique-Amadinejhad !” répète Martine Gozlan en début et en fin d´article pour mieux fixer l´adhésion du lecteur. Il est vrai que le president vénézuélien a reconnu (comme le Washington Post ou le Figaro) que le président iranien a été élu par la majorité et qu´il a précisé qu´une minorité ne peut remettre en cause le verdict des urnes. Le président Lula, qui n´est pas vraiment un intégriste, vient de critiquer vivement les occidentaux : “Les puissances occidentales se trompent dans leur politique vis-à-vis de l´Iran, en faisant pression sans dialoguer. Critiquer le processus électoral revient á s´immiscer dans les affaires intérieures. Je déplore le climat de sanctions que projette l´Occident sans nouer de relation directe avec Téhéran. Il est impératif de parler avec le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Cela vaut pour Barack Obama comme pour Nicolas Sarkozy ou Gordon Brown.” (4). Le coup de “l`axe du mal” Venezuela-Iran permet d´occulter que l´essentiel de la politique extérieure de Chavez, inspirée par l´esprit de Bandoeng et par la vision émancipatrice de Bolívar, vise l`unité et l´indèpendance de l´Amérique Latine et des pays du Sud en général : Petrocaribe, Unasur, Banco del Sur, Moneda Común, ALBA, Sommet Latino-Africain... tant de chantiers dont on ne nous dira rien.


L´écrivain et historien pakistano-britannique Tariq Ali, auteur de “The Clash of Fundamentalisms : Crusades, Jihads and Modernity” (Verso 2002), est co-scénariste du film d´Oliver Stone. Pour lui, “Qualifier le président vénézuélien d´autocrate populiste est peu objectif ou mal informé. Les médias nord-américains et européens agissent contre l´Amérique du Sud et ses présidents. Nous avons fait ce film pour résister à ces campagnes. Oliver Stone s´est rendu sur place avec sa caméra et a interviewé 5 ou 6 présidents. Pour que le spectateur puisse se faire sa propre opinion. (..) Avant les pauvres étaient invisibles, personne ne se souciait d´eux. En Bolivie 85% de la population sont des indigènes mais on ne parlait jamais d´eux. Evo Morales les a rendus visibles. Au Venezuela les pauvres ne votaient pas parce qu´ils savaient que cela ne servait à rien, que cela ne ferait pas la différence. Aujourd´hui ils votent parce qu´ils savent qu´ils peuvent faire la différence et ils votent pour le président Chavez. Celui-ci a organisé plus d´élections que n´importe quel gouvernement d´Amérique Latine. Chaque fois qu´il l´a fait il avait 80% des médias contre lui et pourtant il a gagné. Plus démocratique que cela, impossible." (5).

Pourquoi Marianne ou l´Express embrassent-ils aveuglément la vulgate mondiale ? Un simple droit de suite démonterait facilement des années de mensonge. Ne nous annoncait-on pas, il y a deux ans, la militarisation du régime, le parti unique, le joug des lois spéciales, la “cubanisation” du Venezuela ? Or qu´en est-il aujourd´hui ? Le régime ne s´est pas militarisé, le parti n´est pas unique (on compte quarante partis de droite à gauche) et les lois spéciales (prévues dans la constitution antérieure à Chavez) ont simplement permis d`accélérer quelques grands projets au service de la justice sociale (nationalisations de secteurs-clefs comme l´électricité, la sidérurgie, les télécommunications, le ciment pour la construction, , etc...). Les multiples scrutins ont tous été validés par les observateurs de l´UE, de l´OEA ou du Centre Carter comme “transparents, équitables, offrant les garanties nécessaires à l´opposition”. Des milliers de conseils communaux pratiquent le budget participatif pour attaquer la corruption et continuer à faire baisser la pauvreté.

Martine Gozlan demande sans rire que Marianne dénonce enfin l´autocrate... “après avoir tant critiqué dans nos colonnes ceux qui l´attaquent”. Certes transformer en “autocratie” une démocrate participative soutenue par les mouvements sociaux de tout le continent, présente quelque avantage au cas où les puissants de ce monde repassaient à l´action.

avec Laynel Fumero et Nelson Cova, politologues vénézuéliens, Caracas, le 8 septembre 2009.

(1) Noam Chomsky, Caracas, aout 2009, voir aussi article sur sa conférence

(2) Sur la désinformation qui pèse sur la nouvelle loi de l´éducation, voir “Mr. Langelier prend un aller simple pour le pays des soviets”.

(3) Oliver Stone, conférence de presse à la Mostra de Venise, 06-09-2009. Voir le trailer du film "South of the border"

(4) Président Lula, déclarations à TV5, RFI à la veille du voyage de Nicolas Sarkozy au Brésil.

(5) Tariq Ali, conférence de presse à la Mostra de Venise, 06-09-2009.

mercredi 2 septembre 2009

Mr. Langellier prend un aller simple pour le pays des soviets.

1er septembre 2009, Caracas - Le 27/08/2009, sous le titre « Au Venezuela, une loi sur l’éducation ouvre la voie à la censure de la presse », Le Monde attaque la loi de l’éducation que viennent d’adopter les députés. Le correspondant Jean-Pierre Langellier, qui rédige cet article depuis… Rio de Janeiro, fait siens les mensonges d’une droite férocement opposée depuis dix ans à toute avancée démocratique et sociale, et de plus en plus médiatique 1. Analyse (non exhaustive).

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jeudi 27 août 2009

POUR SE DÉLIVRER DU LATIFUNDIO DES ONDES

Nouveau site bilingue franco-espagnol sur la Révolution bolivarienne au Venezuela

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mardi 4 août 2009

La bataille populaire pour démocratiser le “latifundio” des ondes.

“Chavez fait fermer 34 radios et télévisions”. A en croire l`AFP, AP ou Reuters (et donc le Figaro, Rue89, le Monde...) le Venezuela s´enfonce dans la dictature (1). La Maison Blanche a fait connaitre sa “vive préoccupation” au sujet de la “nouvelle atteinte a la liberté d´expression”. De quoi s`agit-il ? Faisons ce a quoi ces agences et leurs fidèles clients ont renoncé : une enquête.

Au Venezuela, les collectifs pour la libération des ondes (tels la Asociacion Nacional de Medios Alternativos y Comunitarios ANMCLA , la Red de medios comunitarios venezolanos ou la Red Alba TV), se plaignent de ce que la loi qui favorise depuis la révolution, la création de médias libres, participatifs, gérés par les habitants, reste parfois lettre morte á cause de la saturation commerciale des ondes. Les associations les plus diverses - syndicats, mouvements de travailleurs, organisations de femmes, communautés indigènes ou afroaméricaines, etc.. désireuses de créer une radio ou une télévision associative se voient souvent lésées dans leur droit fondamental á la liberté d´expression par le quasi monopole privé des radios et télévisions. Localement et régionalement pullulent des stations commerciales ou évangélistes vivant de la pub ou du prosélytisme. Leurs autorisations d´émettre sont souvent d´origine douteuse, voire inexistantes. Un nombre croissant de citoyen(ne)s exigeaient donc d´en finir avec l`impunité et d´appliquer la loi pour libérer des fréquences associatives.

Et que dit la loi ? La même chose que partout ailleurs (2). Le propriétaire de média qui ne renouvelle pas sa demande de concession dans le délai légal ou émet sans permis, doit rendre cette fréquence a la collectivité : au service public, á d`autres opérateurs commerciaux ou aux médias associatifs. Il s´agit donc d´une banale mise a jour des ondes disponibles. Soit dit en passant, ces 34 fréquences libérées ne font qu´égratigner le quasi monopole commercial. En août 2009 quatre-vingt pour cent des ondes radio ou TV locales, régionales, nationales, satellitaires ou cablées, restent aux mains de grands groupes économiques. Seuls 9 % sont liés au service public...Courte respiration démocratique donc, que la coordination des médias associatifs veut pousser jusqu´au véritable équilibre démocratique. En revendiquant un tiers des ondes pour les médias associatifs, un tiers pour le service public, un tiers pour le privé.

Pour l´internationale du Parti de la Presse et de l´Argent (PPA) l´occasion est trop belle d´enfoncer le clou de la “dictature chaviste”. On nous refait donc les plans serrés sur une poignée de manifestants qui brandissent les cartons rédigés pour CNN, laquelle parle de “protestation populaire”. L´AFP ou Libération, réticents a condamner le coup d´État au Honduras (par obsession anti-Chavez ) (3 ), entrent en campagne contre le droit des venezueliens a démocratiser le “latifundio radioelectrico”. Pour savoir ce que dira demain la presse de France (par exemple au sujet de "Globovision" que “Chavez ne manquera pas de fermer” sous nos yeux horrifiés de démocrates), il suffit d´ailleurs de lire aujourd´hui la presse de droite, majoritaire au Venezuela (4).

Ceux qui refusent de mourir idiots préfèreront l´analyse prémonitoire de la pseudo “fermeture de RCTV par Chavez” sur le site ACRIMED

Tout effort de démocratiser les ondes est un exemple pèrilleux pour des populations qui comme en France subissent encore le monopole de grands groupes économiques. On trouvera un jour risible, absurde, l´idée que la communication humaine soit restée si longtemps aux mains d´une élite d´entrepreneurs. Et que la liberté d´expression ait pu être censurée si longtemps par une minorité élue par personne et responsable devant personne. Les procès en totalitarisme ne doivent pas nous faire peur : c´est l´heure d´exiger partout ce droit fondamental qu´est la démocratisation des ondes de radio et télévision.

(1) Pour les articles (interchangeables) de la presse francaise :

Le Monde : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/01/le-venezuela-veut-se-doter-d-une-loi-punissant-les-crimes-mediatiques_1225051_3222.html#xtor=RSS-3208

Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/international/2009/08/03/01003-20090803ARTFIG00368-chavez-fait-fermer-34-medias-d-opposition-.php

(2) Pour tout savoir sur le spectre radio-électrique vénézuélien, le cadre légal, le travail de la Commission Nationale des Telecommunications (y compris en faveur des fréquences associatives) : CONATEL Quant a la loi francaise n° 86-1067 du 30 septembre 1986 modifiée et complétée, relative à la liberté de communication, elle stipule a l´article 29 que : ...Le CSA accorde les autorisations en appréciant l’intérêt de chaque projet pour le public, au regard des impératifs prioritaires que sont la sauvegarde du pluralisme des courants d’expression socioculturels, la diversification des opérateurs, et la nécessité d’éviter les abus de position dominante ainsi que les pratiques entravant le libre exercice de la concurrence... ..... Le CSA veille, sur l’ensemble du territoire, à ce qu’une part suffisante des ressources en fréquences soit attribuée aux services édités par une association et accomplissant une mission de communication sociale de proximité, entendue comme le fait de favoriser les échanges entre les groupes sociaux et culturels, l’expression des différents courants socioculturels, le soutien au développement local, la protection de l’environnement ou la lutte contre l’exclusion... Il s’assure que le public bénéficie de services dont les programmes contribuent à l’information politique et générale...

(3) Voir ACRIMED l

(4) Par exemple, El Universal , El Nacional, Tal Cual)


mercredi 29 juillet 2009

LA SPIRALE DE L`HISTOIRE ET LES RENDEZ-VOUS MANQUES

La démocratie participative en Amérique Latine plonge ses racines dans la soif de dignité et d’égalité qui poussa des esclaves à rejoindre les armées émancipatrices de Bolivar, de Sucre, de Morazan. Ce n’est donc pas une mode postmoderne mais le retour de la modernité, ou si on préfère, de l’Histoire. Comment reprendre aujourd’hui les rêves de liberté, d’une seconde indépendance avortée lorsque l’empire espagnol fut relayé par des oligarchies locales alliées d’un autre Empire ? Ce besoin d’égalité politique des "pardos, morenos, negros..." dont Simon Rodriguez, le philosophe-professeur de Simon Bolivar, revendiquait déjà l’inclusion scolaire, devient une demande de participation et de droits économiques et sociaux.

Pourquoi un peuple hier désuni comme celui du Honduras s’est-il mis en mouvement après le notre, le bolivien, l’équatorien ? L’indigène hondurien que manipula au 19ème siècle un clergé terrien pour le lancer, comme chair à canon, contre le projet d’unité centramericaine incarnée par le libéral Morazan, est aujourd’hui entré en résistance au coup d’Etat, loin des pools journalistiques. Ce sont des gens pauvres qui dorment dans la rue, qui ont à peine de quoi se nourrir, qui se mobilisent pour recevoir "leur" président Zelaya, et revendiquer une nouvelle constitution. Le problème pour l’Empire est que même en assassinant Chavez, Correa, Morales ou Zelaya, le génie refuserait de rentrer dans sa bouteille. Quelle force dans ces mains nues ! Ce n’est pas par la médiation de la gauche, mais par ces mouvements à la fois sociaux et nationalistes qu’avance cette démocratie participative en Amérique Latine. Qu’on peut baptiser, comme l’a fait un jour Chavez, "démocratie révolutionnaire". Pourquoi ? Parce que les deux termes sont conséquence mutuelle. Les visages bruns qui ont envahi la rue, les mains brunes des électeurs, veulent remettre l’Etat sur ses pieds. Celui-ci à son tour réalise le besoin républicain d’une élévation du sens critique, de l’éducation et de la culture comme outils d’émancipation. Le remake tardif de la National Security (bases militaires US en Colombie, coup d’Etat au Honduras) renforce ce mouvement qu’elle prétend détruire. L’Opération Condor a presque anéanti une génération révolutionnaire. Il lui faudrait aujourd’hui liquider les peuples eux-mêmes.

Que sont deux siècles au regard de cette ascension collective initiée par Bolivar, et les résistances indigènes ou afroamericaines ? Un battement d’aile. Au Venezuela en 2009, la démocratie participative atteint son niveau idéal, celui de la commune, dépassant le localisme participatif des conseils communaux, débattant, élaborant des solutions en commun, à une échelle plus efficace. Alors que la plupart des gouvernements ont tablé sur l’austérité comme réponse à la crise mondiale du capitalisme, le gouvernement bolivarien au contraire multiplie les budgets sociaux pour concrétiser des projets conçus par les habitants. De nombreux problèmes nouveaux se posent : comment réaliser de nouvelles relations de pouvoir, en sachant que l’homme est mauvais par nature ? Qu’il aime le pouvoir, l’argent et qu’au Venezuela comme ailleurs reste largement dominante la culture capitaliste ? Une révolution qui ne se fixe pas comme stratégie la création de son imaginaire se condamne à perdre la bataille des idées et à se faire balayer par l’idéologie dominante.

Il y a dix ans la gauche altermondialiste vantait l’expérience du budget participatif de Porto Alegre (Bresil). Aujourd’hui au Venezuela ce sont des dizaines de milliers de Porto Alegre, ou la participation citoyenne déborde le simple examen du budget. C’est alors qu’en France, on "se méfie", on parle "d’autoritarisme". Alors que la démocratie a plus avancé ici que partout ailleurs. Alors que la population participe de plus en plus, la méfiance domine.

Il y a deux raisons à ce découplage, à cet abîme croissant. La première, c’est qu’une révolution sera fêtée et mise en images tant qu’elle restera locale, donc relativement inoffensive, et prolongera sans frais la liberté ontologique des pistes cyclables à Paris (voir la mode que fut le zapatisme). Que la révolution se réalise à l’échelle d’un pays, qu’elle transforme en profondeur les structures sociales, économiques, voici qu’aussitôt l’inconscient se réveille. "Attention danger". L’Occident sent, il n’a pas tout à fait tort d’ailleurs, que sa domination est menacée. La raison la plus progressiste cède doucement à l’instinct de conservation sous le couvert d’une critique "de gauche" qui permet de s’éloigner d’abord, puis de se retourner contre ces processus au nom de la liberté. L’autre raison tient, mais c’est la même chose au fond, au lavage de cerveau médiatique, qui s’appuie sur cette peur de l’autre. Les médias, acteurs de la globalisation, doivent à tout prix faire de ces révolutions des totalitarismes. Même et surtout a gauche la désinformation quotidienne de France-Inter, Libé, TF1, etc.. qui tètent au même pis (Reuters, AFP, AP..) a fini par sédimenter jusqu’au point de non-retour des catégories obligées ("pour ou contre Chavez", "dérive autoritaire ou pas", "base contre bureaucratie", "Chavez-Iran", etc...) entraînant une "critique pavlovienne" pétrie de bonnes intentions mais finalement non pertinente pour 90 % des vénézuéliens et des latinoamericains. Alors que la plupart des européens sont tombés dans le piége de la personnalisation médiatique sur Chavez, ce fou, ce clown, cet ex-putschiste, cet antisémite, cette menace militaire, ce populiste, ce fils de Castro, cet ami de Ahmadinejad, ce pouvoir éternel, etc..., les citoyens votent pour son programme socialiste (quinze suffrages validés par les observateurs internationaux) et les sondages privés confirment que sa popularité croît en fonction des avancées démocratiques et sociales. Comment une critique pertinente pourrait-elle s’opérer sérieusement à quinze mille kilomètres des millions d’acteurs populaires, qui n’écrivent pas sur Internet mais pensent différemment ? Que dirait-on d’un vénézuélien jugeant la société française à distance et par procuration médiatique ?

Ceci nous amène à parler de la relation entre démocratie participative et médias. Il est politiquement significatif que la gauche en Europe reste incapable de formuler un projet aussi essentiel pour la démocratie que la démocratisation de la communication, alors que plusieurs pays d’Amérique Latine - Venezuela, Equateur, Bolivie, Brésil, Uruguay, etc... légifèrent déjà en ce sens. Pourquoi la gauche européenne reste-t-elle muette face au problème du "latifundio" médiatique ? Au Venezuela, grâce à la révolution, ont déjà pu naître légalement 500 médias associatifs, gérés par les habitants, libres de leur parole. Le reste du continent emboîte le pas et avance peu à peu dans la démocratisation d’un spectre radioélectrique vendu hier par les gouvernements néolibéraux à des entreprises privées qu’on appelle "médias". On a dans le même temps assisté à la disparition des fréquences associatives en France, où les Bouygues entrent en force, grâce au numérique, dans le "local". Toute avancée démocratique en Amérique Latine est logiquement transmise par ces mêmes médias comme une atteinte à la liberté d’expression. Comment les grandes entreprises accepteraient-elles de partager les ondes avec le service public ou le tiers-secteur audiovisuel ? En France la population croit que Chavez a fermé RCTV, chaîne privée et pro-putschiste, alors que son public continue à la regarder sur le câble et par satellite. Il s’agissait en fait de la fin légale de ses vingt ans de concession publique et de la libération de sa fréquence en faveur d’une nouvelle chaîne de service public.

Une démocratie participative (et soit dit en passant l’existence d’une gauche digne de ce nom) a-t-elle un avenir en dehors de la démocratisation générale et radicale du droit de communiquer ? Comment expliquer qu’aucun parti ne le propose ? Comment parler de démocratie ou de république la ou (comme en France) le spectre radioélectrique reste monopolisé par de grands groupes économiques ? Comme l’eau, l’air ou la terre, les ondes hertziennes de la radio et de la télévision sont un patrimoine public et la constitution d’une démocratie participative en rupture avec la société de marché signifie évidemment l’octroi direct aux citoyen(ne)s des moyens concrets d’exercer une communication libre, critique, souveraine, la seule qui selon le mot de Sartre permettra "au peuple de communiquer avec le peuple". On pourra pendant mille ans, jour après jour, critiquer l’image grimaçante que les médias donnent des mouvements sociaux, des conflits du travail, des révolutions ou rebellions du Sud. Mais comment desserrer l’étau tant que les ondes resteront la propriété privée d’une élite transnationale ? Le déclin de la gauche en Europe et le refus de comprendre l’Amérique Latine sont donc les deux faces du même mouvement historique.



Tercer Mundo, Wilfredo Lam

mardi 28 juillet 2009

REVOLUTIONNER LA TELENOVELA

En août 2009 au bout de dix années de révolution, nous continuons à chercher nos rêves sur Venevisión, Televen ou RCTV. Pourquoi le cacher ? La telenovela des médias commerciaux règne dans nos tetes. Mais une révolution qui ne se fixe pas comme stratégie la création de son imaginaire se condamne à perdre la bataille des idées et à se faire balayer par l'idéologie dominante.

En avril 2009 Vive TV (à travers son École Populaire et latino-americaine de Cinéma) a organisé un tournage-atelier avec l'appui de tous les travailleurs de la chaine, de professeurs venus de France et du Venezuela, et la participation directe d`une organisation paysanne. Le resultat est ce cout-mètrage de 17 minutes tourné dans la cooperative du Fundo Zamorano Aracal, dans l`Etat de Yaracuy :

http://escuelapopularlatin.blip.tv/file/2303917?filename=Eplc-LaVuelta998.flv

L'objectif était double : former un noyau de formateurs en fiction populaire et franchir le premier pas d'une fiction libérée du feuilleton dominant. Si notre humour, notre façon de parler et de sentir, notre musique et notre littérature, si le processus révolutionnaire lui-meme nous offrent cette infinité de personnages et de situations capables de décoloniser nos rêves, qu'attendons-nous pour exproprier la fiction du quasi monopole privé de la télévision ?



jeudi 23 juillet 2009

VOIR ET ENTENDRE UNE REVOLUTION EN DIRECT

Remake sans imagination de la désinformation sur le "Nicaragua-menace-totalitaire" des années 80 : depuis dix ans les grands médias font ce qu’ils veulent de la révolution vénézuelienne. L’affaire semble entendue. Même et surtout a gauche un lavage de cerveau fèroce, constant, sans guère d’alternatives a fini par sédimenter des catégories ("pour ou contre Chavez", "dérive autoritaire ou pas", "base contre bureaucratie", "Chavez-Iran", etc...) et une "critique obligée", pètrie de bonnes intentions mais finalement éloignée du réel. Comment une critique pertinente pourrait-elle s`opérer sérieusement a quinze mille kilomètres des acteurs populaires, anonymes mais essentiels de la révolution bolivarienne ?

Qu’ils n’aient pas le temps ou l’envie d’écrire sur internet, ne signifie pas qu’ils n’existent pas, qu’ils ne pensent, qu’ils ne vivent pas d’autres contradictions, différentes de celles qu’on projette sur eux. Ils sont des millions. Il est temps de les écouter, de les voir. L’écran de "Vive TV" vous permet de les rencontrer en direct. Vous pouvez vous affranchir de la dictature médiatique des grands groupes économiques opposés à la révolution bolivarienne, et palper presque comme si vous étiez sur place une révolution dans ses nombreuses avancées et contradictions, avec les témoignages libres des mouvements sociaux.

Il suffit de cliquer sur
http://www.vive.gob.ve/senalVivoExp.php

et attendre de 30 sec. a 1 minute.

Voici quelques programmes en prise directe avec les luttes populaires :

- 1. Lundi et mercredi a 7 h. 30 du matin, ou le mardi a 18 h. heure d’Europe : "Informativo laboral" sur les luttes des travailleurs (diffusé a 20 heures au Venezuela, avec rediff dans la nuit).

- 2. Du lundi au vendredi, a 19 h. heure d’Europe, "el noticiero del cambio", reportage sur les organisations populaires et mouvements sociaux dans tout le pays (diffusé a midi au Venezuela, avec rediffs).

- 3. Le mercredi a 18 h. heure d’Europe, "sin linderos" sur la réforme agraire ou les luttes paysannes (diffusé a 11 h. 30 au Venezuela, avec rediffs).

- 4. Le lundi a 10 h. 30 ou samedi a 8 h. du matin heures d’Europe, notamment : "noticiero indigena", le reportage fait par les communautés indigènes. Etc... Etc... Il y a en réalité toute sorte de programmes, dessins animés différents du cartoon dominant, cours de philo et de cinéma, débats citoyens en direct, docs politiques et sociaux, musiciens, artisans, etc... et pas mal de directs comme en ce moment sur la mobilisation populaire des venezueliens en solidarité avec le peuple hondurien.

La grille complète de nos programmes est détaillée heure par heure sous ce lien :
http://www.vive.gob.ve/programacion
... en sachant qu’actuellement il faut additionner 6 heures trente pour obtenir l’heure européenne


mardi 7 juillet 2009

"Libération" appuie le Pinochet du Honduras....

ACRIMED, 6 juillet, http://www.acrimed.org/article3178.html

(avec l´aide de Mémoire des Luttes (France) et du collectif 13 avril (Belgique)



" Le 30 juin, Libération publie un article d’anthologie qui s’interroge : « Y a-t-il eu un véritable coup d’Etat militaire au Honduras ? ». On se le demande… En tout cas, la responsabilité de cet hypothétique coup d’Etat doit être imputée au président destitué. C’est ce qu’indique le titre de l’article : « Manuel Zelaya, le putsch au crime ». C’est ce que confirme son sous-titre : « Le président, destitué dimanche, avait scellé son sort en violant la Constitution ». Bref, Libération épouse la thèse de l’opposition et des militaires, sans fournir le moindre élément d’appréciation sur ce prétendu « viol », sur la nature de la procédure prévue par le président et sur ses motifs, y compris juridiques. En tout cas, la titraille a « scellé le sort » de Zelaya. L’article s’efforce en outre d’expliquer que, coup d’Etat ou pas, Zelaya a bien cherché ce qui lui arrive. Avec sa « tentative d’organiser (…) un référendum pour lui permettre de se représenter à la présidence » ce qui est faux... , le président « a incontestablement joué avec le feu », déclare M. Thomas, pompier de circonstance et auteur de l’article. Et M. Thomas de rappeler, à propos de « son programme sécuritaire et économique ambitieux » que « le président démis n’a par ailleurs pas convaincu ». On appréciera le « par ailleurs », en se demandant qui n’a pas été convaincu. Reste une question à aborder : « Quel rôle a joué Chávez dans la radicalisation au Honduras ? ». Et une réponse à apporter : « Hugo Chávez a conforté Manuel Zelaya dans sa volonté de perdurer à la présidence. » Autrement dit, un autre « putsch au crime ». Ainsi, non seulement il était impossible, même en croisant les sources françaises, de saisir la nature et le sens du conflit, sanctionné par un coup d’Etat, mais les médias français ont précieusement gardé pour eux les clés pour comprendre

Dans son article du 6 juillet Libération attaque scandaleusement le président victime du coup d´État : "Homme de droite qui a dérivé vers un populisme nationaliste inspiré du modèle autocratique de Hugo Chávez (sic), Manuel Zelaya était au pouvoir depuis 2006. Il a été renversé par l’armée et les principaux corps constitués du pays pour avoir tenté d’organiser un référendum lui permettant de briguer un second mandat présidentiel, démarche déclarée illégale par la Cour suprême."



Les pseudo-journalistes comme Gérard Thomas, en bons élèves de la langue de bois contre l´Alba ( = anti-Chavez) que pratiquent CNN, Reuters, El País ou les brutes formées a l´École des Amériques, cachent au lecteur que :

- il ne s'agissait pas d'un référendum, mais d'une simple consultation sans aucune portée contraignante, s'appuyant sur 400 000 signatures, et en pleine conformité avec l'article 2 de la Constitution ;

- dans l'hypothèse où le "oui" aurait été majoritaire, un référendum sur la convocation d'une assemblée constituante aurait pu avoir lieu le 29 novembre EN MÊME TEMPS que l'élection présidentielle prévue à cette date ;

- par définition, Zelaya n'aurait donc pas pu se représenter puisque les scrutins auront lieu dans le cadre de l'actuelle Constitution ;

- réduire une réforme constitutionnelle à la possibilité de réélection du président sortant est voir les choses par le très petit bout de la lorgnette. L'exemple des réformes constitutionnelles dans la région montre qu'il s'agit de tout autre chose : permettre des transformations sociales en profondeur.

Lire le papier de Maurice Lemoine, rédacteur en chef du "Monde diplomatique" qui rétablit la vérité sur le prétendu "référendum" : <http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-07-01-Honduras>.

http://www.acrimed.org/article3178.html



dimanche 5 juillet 2009

CNN et "le Monde" angoissés par le retour de Zelaya, mettent leurs "journalistes" en alerte...

5 juillet, 15 heures, Caracas

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mardi 30 juin 2009

VICTOIRE DIPLOMATIQUE A MANAGUA, DEFAITE DU "MONDE" A PARIS

Calderon, Colom, Arias, Morales, Chavez, Correa, Castro, Torrijos... Tant de chefs d´État latino-américains qui décident de se réunir en urgence ce lundi a Managua , c´est une première. L´histoire retiendra leur unanimité et leur fermeté. Les pays de l´ALBA, du SICA, du Groupe de Rio et de l´OEA exigent “le retour immédiat et inconditionnel du président Zelaya au Honduras”. Sa volonté affirmée de rentrer au pays dès jeudi lui vaut une standing ovation.

Alors que ses homologues dénoncent "le retour à la barbarie subie à l´époque de la National Security" et refusent de “revenir à l´âge des cavernes”, le journal français Le Monde, lui, évoque un “coup d´État d´un genre nouveau" (1). Ce titre, Sabot l´emprunte au “principal quotidien” nicaraguayen - sans dire qu´il s´agit surtout du plus réactionnaire - "La Prensa". C´est ce journal que le président dominicain Leonel Fernandez, connu pour sa prudence , brandit ce soir a Managua devant la trentaine de collègues latino-américains pour en dénoncer la manchette : "deux présidents se disputent un siège". "Il n´y a qu´un président du Honduras, corrige un Fernandez indigné, celui qui est sorti des urnes !".
Le Monde feuillette la “presse latino-américaine” comme si on pouvait trouver le pluralisme dans la concentration économique de la presse écrite. Technique connue : se retrancher “objectivement” derrière les citations. Cela permet de jeter une ombre sur la consultation électorale avortée, cette enquête demandée par 400.000 signatures citoyennes et que les partis de l´élite putschiste, majoritaires au congrès, craignaient tant. Pourquoi s´inquiéter d´une consultation voulue par la population au point que les habitants montaient dimanche des barricades pour empêcher les militaires de confisquer les urnes ? Mais voyons, cher lecteur, parce que les honduriens pourraient demander ensuite une réforme constitutionnelle. Et si les gens votent et s´ils décident de réélire Zelaya, eh bien, ce sera - nous vous l´expliquerons bientôt - la dictature comme au Venezuela, vous savez bien. C´est la faute de Zelaya de croire que ni les États-Unis ni la Banque Mondiale ne rendront la vue à des milliers de pauvres ou ne donneront aux paysans les moyens de produire pour nourrir la population et de préférer les programmes sociaux de l´ALBA et du Petrocaribe initiés par le gouvernement venezuelien.
Pour écarter tout soupçon de partialité, le Monde cite un journal argentin, qui nous précise-t-on est “de gauche”. “50 % pour Hitler, 50 % pour les juifs” (Godard).

Pourquoi faudrait-il démonter les rouages de l´élite économique hondurienne et ces conseillers d´un Pentagone qui pèsent plus qu´Obama dans leur volonté de briser le maillon le plus faible de l´ALBA ? Nicolas Sabot cite la presse hondurienne mais ne dit rien du coup d´État médiatique, du monopole privé du spectre radioélectrique, de ces télévisions qui passent des telenovelas pour censurer la résistance de la population. Tout récemment Lula, Correa et même Obama ont critiqué ces médias qui attentent contre les institutions démocratiques ? Des “fils de Chavez” sans doute.

Le Monde ne dira rien non plus de la part active du président venezuelien dans la construction de ce front pluraliste de chefs d´ëtat pour sauver la democratie au Honduras. Alors que le président venezuelien a reaffirme a Managua, entouré de ses collêgues du reste du continent, que “l´ere des fusils est bien finie et que les revolutions doivent etre pacifiques”, le Monde reprend dès dimanche la vulgate mondiale : “Chavez-met-ses-troupes-en-alerte”. Pour conclure son article, Antonin Sabot a choisi un dessin de la Prensa (Panama). Le président du Honduras court en pleurant vers son "père", Hugo Chavez, qui lui demande, énervé : "Qui t'a mis ce coup ? Que je lui en mette un !"

Lorsque le Pinochet hondurien (Romeo Vasquez, formé a l´Ecole des Amériques) rejoindra sa caserne grâce a la resistance civile et aux efforts conjugués des chefs d´État latinoamericains, les honduriens devraient décorer “le Monde” pour sa courageuse contribution à la mobilisation générale.


Exemple de la désinformation recyclée par le Monde.
Alors même que Chavez s´active dans la construction d´un front diplomatique pluraliste pour sauver la démocratie hondurienne et déclare avec ses collègues latinoaméricains que "l´ère des fusils est bien finie et que les révolutions doivent être pacifiques", il faut créer l´image d´un monstre agressif'...

(1) Voir http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/06/29/honduras-un-coup-d-etat-d-un-genre-nouveau_1213244_3222.html Honduras : "Un coup d'Etat d'un genre nouveau" LEMONDE.FR | 29.06.09 | 20h14 • Mis à jour le 29.06.09 |

mardi 17 février 2009

Libération et le Venezuela : désinformation à vie ?

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samedi 3 janvier 2009

Dix propositions pour créer une télévision socialiste.








De ce qui se passe au Venezuela dépend en grande partie ce qui peut se passer ailleurs, dans le reste du monde. C´est notre responsabilité historique et parfois nous l’oublions. Nous devons travailler avec des idées. Nous devons réveiller les consciences. Notre degré de conscience est loin d´être à la hauteur que nous souhaitons.
Hugo Chavez, 28 septembre 2008

L’action ne doit pas être une réaction mais une création.
Mao Zedong


1. Que le “tactique” cesse de différer le “stratégique”.

Après dix ans de révolution bolivarienne au Venezuela, il est fréquent d´entendre : “imitons les codes de la télévision commerciale, puisque c’est ce que les gens aiment. Sinon nous allons nous isoler des masses qui regardent depuis toujours Venevision et nous ne pourrons concurrencer les médias privés (80 % des ondes radio et télé du Venezuela de 2009 sont aux mains de l´opposition). Bien que certains défendent cette idée comme tactique transitoire, d’autres pensent que la seule télévision possible est celle qui a toujours existé. Le débat sur la communication socialiste a déjà eu lieu dans des révolutions antérieures. Pourquoi ne pas tirer les leçons des cas chilien, nicaraguayen, cubain ? « Inventer le socialisme du XXI siècle - dit le Président Hugo Chavez - ne signifie pas ignorer la séquence d’expériences extraordinaires, de luttes et de penseurs qui ont forgé la théorie du socialisme. Ignorer l’Histoire serait nous condamner á la répéter. »

Dans l’ouvrage Culture et communication de masses (1975), Garreton, Valdez et Armand Mattelart analysent le Coup d’état contre le Président Salvador Allende. Si la possibilité d’une révolution socialiste a échoué au Chili, « on le doit en partie aux atermoiements de la gauche officielle dans sa politique communicationnelle, sa difficulté á valoriser son propre projet historique, sa crainte que les masses elles-mêmes imposent leur voix dans les médias existants ou dans d’autres créés par elles. Il manquait la confiance suffisante pour laisser agir ces acteurs essentiels : les travailleurs. La gauche officielle est restée malheureusement sur la défensive. L’accusé s’est enfermé dans le cercle argumentaire de son adversaire de classe, recyclant les représentations collectives produites par son ennemi politique et qui lui étaient intrinsèques. L’initiative du discours est restée dans les mains de la droite, les techniciens de la communication officielle n’ont pas été capables de s’effacer pour laisser surgir les embryons d’une nouvelle culture. La neutralité technique s’est révélée un mythe. Il n’y avait pas de “technique en soi”, utilisable à souhait par la droite ou par la gauche. Il n’y avait qu’une technique bourgeoise de la communication et rien de plus. Le peuple devait créer la sienne, mais n’a pas eu accès à cette possibilité. » (1)

Aujourd’hui, dans le Venezuela bolivarien, nous devons nous demander : Comment s’exprime la souveraineté populaire dans la télévision du Socialisme du XXI siècle ? Comment relier peuple, télévision et l’État socialiste ? Comment évaluer une télévision socialiste ? Quelle est son mode de production ? Quelles sont ses relations de travail ? Qui la dirige ?

2. “Le neuf ne peut copier le vieux. Il doit être autre chose”.

À cette pensée de Simon Rodriguez (1769-1854, formateur de Simon Bolívar) le Président Hugo Chavez répond au début 2008 par une réflexion autocritique : « Le socialisme est condamné à n´être qu’un fantôme errant, une utopie désincarnée, si nous ne transformons pas les relations de production qui sont à la base de la société. » Il insiste avec véhémence sur ce point au début de la campagne électorale du PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela), le 28 septembre 2008. Comment appliquer ce mandat philosophique dans un lieu de travail comme la télévision ? Dans la télévision capitaliste, c’est le rédacteur en chef qui pense la tâche que doivent exécuter sa main-d’oeuvre : monteurs, caméramans, ingénieurs du son, etc., confinés à leur case muette de travailleur. Par contre dans une télévision socialiste, les travailleurs dirigent collectivement et intellectuellement l’ensemble de la production et se forment en permanence pour cela.

En inaugurant un lycée à El Viñedo, État d’Anzoátegui, en septembre 2008, le Président Hugo Chavez a exposé de nouveau les raisons de libérer le pouvoir créateur de l’être humain encore réduit à sa force de travail. Ce refus de la fragmentation de l’être, cette aspiration à construire la République comme assemblée d’êtres intégraux, plus complets, plus critiques, plus responsables, en un mot : plus libres, caractérisait déjà la pensée de Simon Rodriguez à l’aube du XIX siècle : « la division du travail dans la production de biens ne fait qu’abrutir cette force de travail. Si pour produire d’excellents coupe-ongles, et bon marché, nous devons réduire les travailleurs à des machines, alors mieux vaudrait nous couper les ongles avec les dents. » (2) Bien des années plus tard, Karl Marx mettra en cause cette division du travail : “Dans une société communiste, il n’y aura plus de peintres mais, tout au plus, des hommes qui, entre autres, s’occupent aussi de peindre.” (3)

3. Connaissance = conscience = action.

Dans une télévision socialiste, apprendre toutes les facettes de la technique n’est pas une fin en soi, mais le moyen pour chacun de comprendre le travail des autres, d’échanger les rôles et de penser l’ensemble de la production. Rien à voir avec la polyvalence technique telle que le pratique la télévision capitaliste afin de réduire son personnel et maximiser son profit.

Mais d’où vient l’importance de penser collectivement ? Friedrich Engels (4) ou István Mészarós (5) nous enseignent à penser le réel en profondeur contre les idéologies dominantes (comme La Fin de l’Histoire ou le psychologisme). Chaque chose se révèle en unité de contraires, unité de contradictions en mouvement, infinité de possibles (Hugo Chavez, 2008). L’être humain est un être dialectique, toujours inachevé, tour à tour sujet ou objet de transformations selon les structures sociales, intimement lié aux luttes historiques. Or, puisque personne ne peut produire, seul, l’analyse complète de la réalité historique avec toutes ses contradictions, la discussion collective des points de vue est indispensable pour approfondir notre connaissance et porter la production à un plan supérieur.

4. Briser la domination télévision/peuple et sortir d´une planification comme exclusion

Il y a ceux qui sont dans la lumière et ceux qui sont dans l´ombre. Et l´on voit ceux qui sont dans la lumière et l´on ne voit pas ceux qui sont dans l´ombre.” Bertolt Brecht

L’objectif d’une formation sociopolitique permanente est que l’équipe de télévision devienne un groupe de militants profondément liés à la population organisée, quelque chose comme son “intellectuel organique” (Gramsci). Une équipe de producteurs intégraux bien formée en histoire, en littérature, en économie, en sociologie, en philosophie, etc., pourra croiser ses connaissances scientifiques avec les savoirs populaires pour produire des actions transformatrices avant, pendant et après la production d’une émission. Casser les stéréotypes sur les quartiers pauvres ne passe pas seulement par s’y rendre physiquement. Il s’agit de se construire un regard, d’être capable d’analyser la réalité sociale, de rompre avec la pensée localiste, substantialiste de ces lieux et de passer à une analyse globale. Le sociologue Pierre Bourdieu (6) explique que l’essentiel de ce qui arrive dans les ghettos américains trouve son explication en dehors de ces zones. Ces lieux d’abandon se caractérisent essentiellement par une absence d’État (police, école, santé, etc.).

Une télévision capitaliste neutralise et désorganise les classes populaires (et renforce leur solidarité avec la classe dominante et ses intérêts). Elle désagrège les germes de solidarité entre exploités, non seulement en diffusant des modèles de comportement compétitifs puis individualistes, mais aussi en organisant en fonction de la domination tout un schéma de transmission de l’information. Par exemple, en cas de grève : on n’informe pas que l’on lutte pour un nouveau modèle de société. La grève est montrée comme une plaie locale, une “perturbation”, voire un “chaos” souffert par l’usager qui voit interrompre “son” service. Ainsi les médias opposent les acteurs sociaux pour mieux dissimuler les intérêts profonds qui en font une majorité. Ensuite parce le sujet de l’information n’est pas la population en lutte mais un journaliste privé de temps d’enquête et de droit de suite, placé au milieu de l’écran, et muni d’un micro. Les journalistes-vedettes dissimulent leur position de classe en revendiquant leur autonomie de groupe (forums sur l’éthique journalistique, prix annuel, associations, écoles, plaques, toques, diplômes et autres fétiches du professionnalisme d’une information sans sujet réel). Le mythe dominant s’appelle « objectivité ». Il se fonde sur des nouvelles techniques qui évoquent l’impartialité, l’exactitude, le sacrifice héroïque du journaliste pour nous informer. Parmi ces techniques dérivées du modèle étasunien, surgit le présentateur-vedette qui sépare information “factuelle” et “opinion”.

Armand Mattelard : « Si le journaliste ne veut pas être le complice d’une réactualisation quotidienne de l’oppression et de l’exploitation, il a besoin de dépasser cette notion de réalité impartiale et de lier ses informations avec le contexte historique. C’est-à-dire, qu’il faut la reconnecter avec la réalité contradictoire et conflictuelle, là où précisément ces contradictions et conflits nient l’image harmonieuse de la société, la vérité et la véracité imposée par une classe. » (7)

La planification de la production est naturelle dans la télévision commerciale. Son but est de diminuer le temps de travail et de maximiser le profit. Dans une télévision socialiste, l’efficacité aussi est recherchée, mais il ne s’agit pas de la même. Loin de vouloir “planifier” son sujet, la télévision nouvelle construit une efficacité qualitative, celle de la participation de la population (qui possède ses caractéristiques propres de temps de participation, son rythme de vie communautaire, etc.). La population n’est pas l’objet d’une planification mais son sujet co-responsable. Il ne s’agit plus d’administrer une ligne de produits télévisés mais de planifier des processus d’apprentissage et de prise de pouvoir citoyenne, à travers les diagnostics sociaux et les évaluations participatives. C´est ici que l´apport de Paulo Freire est fondamental (8). Nous avons tou(te)s connu l’expérience historique de la télévision comme relation de dominants à dominés. Nous connaissons tou(te)s la phrase du producteur : "Nous devons pousser les gens à dire ce que nous voulons qu’ils disent" et la phrase de celui qu´on “produit” : "Qu’est-ce que je dois dire ?" L’aliénation est mutuelle. Le producteur de télévision commerciale se déshumanise en faisant du peuple la matière première de son émission. Dans une télévision socialiste, la tâche d’humaniser ne peut être totale, si on ne redéfinit pas d’abord le travail comme action libératrice, si on n’en finit pas avec la double aliénation du producteur et de celui qui est “produit”. L’émission cesse ainsi d’être un produit et devient le travail en commun effectué par deux sujets intégraux.

5. Dépasser le concept d’émission comme “produit”.

Ceci nous mène à redéfinir l’émission de télévision comme levier pour construire le pouvoir citoyen. Dans une télévision capitaliste, le scénario est souvent écrit par avance, imposé à la réalité coûte que coûte. Dans une télévision socialiste, l’intelligence collective oriente le contenu : les porte-parole, les situations, les objectifs et les obstacles, les actions et les solutions émergent d’une recherche participative, du diagnostic mené par la communauté avec l’équipe de la télévision. Il s’agit d’abandonner le point de vue unique de la télévision comme pouvoir et partir d’une réalité à chaque fois nouvelle. L’écriture du scénario commence sans la caméra, elle se fait à travers le temps de la relation et à travers le partage des conditions de vie de la population.

La production intégrale d’une émission, sa diffusion, son suivi deviennent ainsi une manière de revoir, de corriger, d’impulser le pouvoir citoyen. Une manière pour la population de visualiser, d’analyser son action entre passé, présent et futur de la lutte de classes et la transformation des relations de production. Nous parlons de l’émission de télévision comme d’un moment intégrateur population-État. Dans ce sens, il est proche du concept du “projet” tel qu’élaboré au sein de la nouvelle Université Bolivarienne : “l’UBV doit se relier au développement endogène et à la construction du pouvoir citoyen à travers le projet communautaire et les liaisons avec les Conseils communaux. Les Projets doivent être approuvé par les groupes sociaux.”

6. Dépasser le concept ancien de travail

En dénonçant le gaspillage des ressources de l’État et les heures supplémentaires payées 800 % à VTV (chaîne d’information gouvernementale) le Président de la République exposait en fait, un nouveau concept du travail. Dans son dialogue avec les mouvements sociaux réunis lors du contre-sommet des mouvements sociaux à Vienne (2006) il expliquait la différence entre le travailleur exploité par le chef d’une entreprise privée et le travailleur fier de son travail parce que conscient de servir les intérêts de la collectivité. En 2007 le Président a annoncé la réduction du temps de travail afin de libérer le temps de la relation sociale, de la formation intégrale et de la création. Plus récemment encore, l’ancien ministre de l’Education, M. Aristóbulo Istúriz, insistait sur la nécessité de supprimer "la division sociale du travail". Dans les derniers mois tant le Président comme le Ministre de l’intérieur, M. Jesse Chacón, ont insisté sur la nécessité du travail volontaire comme facteur de l’éthique socialiste (premier point du Plan Socialiste de la nation 2007-2013).

Le 20 septembre 2008, le président demande à nouveau aux "institutions de l’État" de donner l’exemple en consacrant des journées volontaires à récolter du maïs avec les paysans ou à récupérer des espaces publics à Caracas. Mais le travail volontaire n’est pas un travail supplémentaire. Il est simplement l’action militante, spontanée qui surgit de la conscience du besoin de fonder un monde nouveau. Si une révolution, au-delà du social et de l’économique, n’est pas à la fois culturelle et idéologique, elle disparaît bientôt sous les assauts du cycle contre-révolutionnaire, toujours cruel, l’histoire de notre continent ne souffre pas d´exceptions.

Dans une télévision socialiste, nous pouvons nous inspirer du mouvement social qualifié par Fidel Castro comme “le plus important et le plus conséquent du continent” : le Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre (MST, du Brésil). Son école nationale Florestan Fernandes base la formation des cadres sur l´union de la théorie et de la pratique, sur la mystique révolutionnaire et sur le travail volontaire tel que défini par le Ernesto “Ché” Guevara : « dans certains cas, le travail volontaire est une récompense, dans d’autres un instrument d’éducation, jamais une punition. C’est aimer le travail de base. Une nouvelle génération naît ! » (9).



7. Ne pas attendre la réappropriation populaire du spectre hertzien pour former les communicateurs socialistes.

Sans révolution, pas de télévision révolutionnaire. Les cycles contre-révolutionnaires la confinent à la marginalité, à la résistance, à la disparition (10). Du Brésil au Mexique la répression s’abat sur les radios et sur les télévisions communautaires. Seul le Venezuela d’Hugo Chavez a réussi à démocratiser une partie des ondes en légiférant en faveur de centaines de radios et télévisions communautaires, en leur reconnaissant le droit démocratique d’accéder á des fréquences propres, sans pour autant contrôler leur parole. Historiquement, la concurrence déloyale d’un spectre hertzien privatisé à outrance a signifié la transformation du concept de service public en service au public, c’est-à-dire, en service au client. Aujourd’hui en Amérique Latine les mouvements sociaux et quelques gouvernements progressistes essayent de rompre le monopole privé des ondes, de démocratiser le “latifundio” radioélectrique anachronique qui maintient les peuples sous la dictature médiatique du néo-libéralisme. Mais si au moment de socialiser les fréquences, de légiférer en faveur du secteur communautaire et du service public, nous ne disposons pas de communicateurs formés pour cette révolution qualitative de la communication, les espaces libérés seront rapidement récupérés, par défaut, par des professionnels qui recyclent leur idéologie commerciale ou académique de “comment faire la télévision”. Ceci a été récemment observé au Brésil, en Uruguay et en Équateur dans des expériences nouvelles de télévisions municipales ou d’État. Quels sont par conséquent les deux défis principaux des mouvements sociaux et des gouvernements révolutionnaires ? D’abord, organiser un rapport de forces permettant la démocratisation du spectre hertzien. Dans une démocratie authentique, le patrimoine public des ondes ne peut-être cédé à une minorité d´entreprises privées, il doit être mis à la disposition à 70 % de télévisions communautaires et à 30 % de télévisions du service public, à condition qu’elles soient vraiment participatives. Ensuite il faut anticiper le mouvement et former à temps des futurs responsables de la communication socialiste pour éviter que le potentiel émancipateur des nouvelles chaînes en soit rapidement annulé par le mode de production dominant.

8. Transférer la télévision au peuple, enfin.


Le caractère authentiquement socialiste d’une télévision est réalisé quand son producteur principal, politiquement parlant, est la population organisée. C’est à ce moment qu’à lieu la lutte la plus importante car la classe moyenne d’État se replie sur ses intérêts de classe, invente mille stratégies pour se reproduire comme pouvoir d’État et garder la main sur ses ressources tout en attendant patiemment le retour à la normalité post-révolutionnaire. Le travail de sape de la base économique capitaliste agit à sa faveur, freine et érode l’organisation d’une conscience socialiste. Comme on peut l’observer dans une grande partie de notre jeunesse encore perdue dans les désirs du pouvoir individuel et de tous les réflexes conditionnés dénoncés par le Président Chavez : « individualisme, égoïsme et culture privée (dont la privatisation de l’État par des intérêts économiques individuels, groupaux) ont marqué profondément notre peuple. » La philosophie des peuples originaires telle qu’exprimée par le philosophe Blaise Pascal (11) est que le centre est partout. En pleine Révolution française, Gracchus Babeuf, précurseur du communisme, invente le cadastre comme mode d’effectuer l’égalité de l’espace physique entre tous les citoyens. Dans une télévision assumée par le peuple s’impose enfin l’égalité substantielle (Mészáros) entre tous : entre les régions, entre les regards, entre les pensées. Chaque fois plus horizontale, la télévision devient l’enseignement du peuple par le peuple, l’échange permanent d’expériences, d’essais/erreurs pour se construire et se renforcer en tant que pouvoir citoyen. Pour Dziga Vertov, le travailleur textile doit pouvoir voir l’ouvrier d’une usine de construction mécanique lorsqu’il fabrique une machine nécessaire au travailleur textile. L’ouvrier d’une usine de construction mécanique doit pouvoir voir le mineur qui fournit à l’usine le combustible nécessaire. Le mineur de charbon doit pouvoir voir le paysan qui produit son blé nécessaire. Tous les travailleurs doivent pouvoir se voir afin d’établir mutuellement entre eux un lien étroit et indestructible. Mais tous ces travailleurs sont éloignés les uns des autres, et par conséquent ne peuvent pas se voir. Un des objectifs du ciné-œil est justement d’établir une relation visuelle entre les travailleurs du monde entier. (12).

À Vive TV, la nouvelle télévision participative du Venezuela, un cercle de pêcheurs prend la parole. La transmission par faisceau satellite, un saut technologique conquis au bout de quatre années d’existence de la chaîne, permet de lancer les paroles et les visages en direct à travers tout le pays. Ici, il n’y a pas de journalistes pour donner et reprendre la parole, pas de journalistes qui ignorent de quoi est faite la vie des pêcheurs. Non. C´est une femme du peuple, également responsable d’une coopérative, qui lance le débat : la coopérative et sa relation avec l’État, les maisons en chantier, les bénéfices pour les pêcheurs artisanaux de la nouvelle loi de la pêche. Ce cercle qui discute est une des formes typiques de Vive TV. Ce n’est pas seulement l’absence de modérateur au milieu de l’image. C’est la parole libérée qui vient et revient, s’élève lentement jusqu’aux décisions. Distances respectueuses, citoyens de la caméra, la télévision du futur n’a pas besoin de gros plans émotifs. On voit aussi la mer derrière les pêcheurs. Sous leurs mots, la mer devient réelle : un océan de travail. Demain, des enfants exploités par une usine de pêche industrielle poseront entre nos mains des blocs de sel.

Il s’avère dès lors absurde d’appliquer à une télévision socialiste un instrument comme l’audimat. Ce système de mesure d’audience ne cherche qu’à augmenter le prix de prévente du temps télévisé aux publicitaires de shampoing et de cartes de crédit. Mais la télévision socialiste ne cherche pas à produire une masse de consommateurs. Son public est une population dont on veut activer et renforcer le potentiel social ou politique. La télévision socialiste doit donc être mesurée, évaluée non sur des quantités pures mais sur sa capacité à construire collectivement les changements qualitatifs de la conscience, sur son impact dans les efforts de la population en lien avec le gouvernement révolutionnaire pour construire un véritable État socialiste. “Dans la phase de transition au socialisme, de nombreux messages continueront d’être élaboré par les techniciens des médias de communication de masses, inscrits la plupart du temps dans un cadre petit-bourgeois, et cela même dans les médias contrôlés par la révolution. Notre proposition de restituer au peuple le contrôle sur les messages qu’il reçoit reste valable. Il faut éviter que le critère de sélection et d’appréciation échappe à la Communauté concernée.” (13)


9. Un mode de production socialiste génèrera une nouvelle relation entre télévision et public.


- Est-ce qu´ils passent un bon programme ?
- Rien. Partout de la télévision

N’est-il pas absurde que beaucoup de communistes s’enthousiasment
pour l’art féodal et capitaliste et ne montrent aucun enthousiasme
pour élaborer l’art socialiste ?
Mao Zedong

La télévision capitaliste est une entreprise privée qui consiste à augmenter par divers moyens (sexe, violence, variétés, voyeurisme, spectaculaire, émotion, exotisme, etc.) le prix du temps qu’elle vend aux annonceurs publicitaires. Elle divise son temps en cases standardisées (de 12, 26 ou 52 minutes) pour pouvoir transmettre la plus grande quantité de publicité. C’est le règne du Comme vous le savez, nous devons malheureusement nous arrêter ici. Selon Armand Mattelard (1998) l’idéologie contemporaine de la communication se caractérise par l´éphémère, l’oubli de l’histoire, du pourquoi des objets et de leur articulation sociale. Il noie le téléspectateur dans “l’éternel présent” du ponctuel, du sans-suite de la marchandise télévisuelle (14). Ce recours constant à la rapidité se transforme en un contre-processus parce qu’une des caractéristiques de l’espèce humaine est que nous avons une nécessité vitale de temps, de durée et d’espace. Ces éléments sont nécessaires à notre capacité de jugement, de questionner, d’obtenir une réponse, de libérer notre pensée. Ces éléments nous aident à interroger et à communiquer avec les autres et avec le monde qu’il nous entoure (15).

Au lieu de profiter de sa spécificité et de l’approfondir, le service public va, la plupart du temps, succomber à la tentation de l’imitation. L’écran public se transforme. Les émissions et les contenus exigeants sont supprimés ou déplacés à des heures de faible écoute car ils n’apportent pas de recettes publicitaires. Le raisonnement des programmeurs est devenu le suivant : puisqu’il faut tout rentabiliser, il est plus efficace de jouer sur les bases qui font la force de la télévision dominante. La forme de la télévision publique se moule sur la commerciale. (16) L’esthétique socialiste naîtra de la révolution du mode de production. Une oeuvre d’art n’est pas révolutionnaire, disait Herbert Marcuse, parce que son contenu est révolutionnaire mais parce que sa forme est révolutionnaire (17). Louis Althusser le disait bien : ce n’est que d’une technique qu’on peut déduire une idéologie (18). Le JT dominant, ou la telenovela, sont des mondes verbaux. En isolant des bustes parlants, en les montant l’un après l’autre comme base de notre information, en réduisant le réel à des “plans de coupe” censés apporter une “couleur locale” on fait disparaître les corps individuels, le corps social, le monde des travailleurs, les processus de création et de production de la vie. C’est l’idéologie bourgeoise par excellence, son mythe même : celui d’une classe qui veut occulter son origine, qui doit à tout prix effacer ce travail qui lui permet d’exister sous peine de voir dévoilée sa vraie nature. Dans une télévision socialiste par contre la forme du journal télé dominant se libère de cette occultation et ramène à la surface ce qui est enfouie : un équilibre dynamique de voix et d’activités autonomes, un montage parallèle de plusieurs flux de conscience, situations, activités, actions, travaux, processus créateurs vécus par des personnages différents dans une réalité sociale contradictoire. C’est ainsi que l’image et le son reviennent nous parler d’un être humain comme individu-social-historique en mouvement (Mészarós).

Le journaliste et défenseur de la télévision publique Hugues Le Paige décrit la fabrication du programme “En proceso” à Vive TV, télévision participative du Venezuela : « En Proceso » est un des programmes les plus intéressants en matière d’information. Il n’invente pas réellement une nouvelle forme, mais il s’inspire de la démarche documentaire et d’un certain « cinéma-vérité ». Formés à l’école documentaire de Vive, journalistes-réalisateurs, cameramen, preneurs de son et monteurs sont nourris de Rouch et Vertov, d’Ivens et de Wiseman et ils en ont retenu les leçons. « En Proceso » veut « rendre compte et analyser en profondeur l’organisation sociale des communautés paysannes et des quartiers populaires ». L’émission se construit en étroite collaboration avec les protagonistes du sujet. Au cours de plusieurs visites préalables, dans un véritable dialogue, l’équipe prépare longuement le scénario du mini documentaire avec les acteurs du mouvement social qui vont jouer leur propre rôle dans la séquence : ce sont aussi ces derniers qui en fixent les grandes lignes et le contenu, l’équipe de réalisation « recadre » en fonction des contraintes techniques et de la lisibilité du message. Ensuite, et c’est une autre originalité en matière d’information, le tournage s’effectue exclusivement en plans-séquences (en général deux ou trois plans de 5 minutes pour une durée totale de 10 à 15 minutes). Ce type de réalisation présente bien des avantages : il donne une réelle profondeur aux hommes et à leur histoire, il refuse l’instantanéité du journalisme traditionnel et il laisse une vraie place au téléspectateur qui n’est pas réduit au rôle de consommateur de l’information comme les acteurs de l’évènement ne le sont pas à celui de « matière à témoignage ». Les acteurs de l’évènement sont toujours les sujets de leur propre histoire et jamais les objets de l’information. Ils sont pleinement respectés dans leur identité comme dans leur image : en quelque sorte l’inverse de ce que notre télévision nous donne le plus souvent à voir. De plus, le principe de base à Vive est le « suivi » : un sujet abordé ne sera jamais abandonné ; deux semaines ou deux mois plus tard l’équipe reprendra contact et, le cas échéant, entamera un nouveau tournage pour rendre compte de l’évolution du problème. Le résultat est impressionnant : les équipes de « En Proceso » maîtrisent parfaitement leur instrument et alimentent des débats souvent passionnants au sein des communautés qu’elles nous font découvrir. J’ai pu en suivre une à l’oeuvre dans la montagne tropicale à une heure et demi de route de Caracas. Une petite communauté de paysans s’est réapproprié des terres abandonnées par de grands propriétaires dans les années soixante. Ils sont plein de projets : reprendre la culture du café, installer une école dans l’ancienne hacienda afin que les enfants ne soient plus obligés de faire deux ou trois heures de route pour se rendre au cours, construire des maisons en dur pour remplacer les logements de terre et de tôle. Leur lutte pour reprendre ces terres et entamer les constructions, l’espoir que cela suscite, les difficultés que cela provoque, le soutien du gouvernement et les réticences de l’administration : il sera question de tout cela dans le récit de « En Proceso » avec à la fois beaucoup de détermination et de maturité. La forme choisie par Vive pour en rendre compte permet une narration subtile qui suscite la curiosité du spectateur. Et ces histoires scénarisées dans une démarche documentaire intègrent évidemment l’imprévu du tournage. Au moment où l’on préparait cette séquence dans la montagne, des gardes « verts » – le domaine est par ailleurs une réserve naturelle – annoncent brusquement le blocage des matériaux de construction pour les logements faute d’une énième autorisation administrative. Toute la communauté descend sur le sentier discuter avec des gardes, plutôt imbus de leur pouvoir. Situation typique lors des occupations de terres abandonnées : les paysans en appellent aux directives de Chavez, les gardes rappellent les règlements. Les contradictions apparaissent entre les différentes exigences sociales et écologiques. Le ton monte mais pas au-delà d’une certaine limite. Bien entendu l’équipe de Vive en repérage filme la scène et l’intègrera dans le scénario final. (19)

Un montage socialiste, c’est aussi l’art d’associer des images et des sons de sorte que le peuple puisse intervenir activement dans la construction du sens. Dans ce cas, nous pouvons comprendre le montage comme une façon de retrouver l’unité socialiste dont les fragments dispersés deviennent visibles à travers le montage. Nous parlons du montage comme du moyen par lequel on expose les conflits, par lequel on embrasse le monde, jusqu’à se résoudre en Un. Oublié le chaos de la grille capitaliste, la programmation d’une télévision socialiste devient un art, celui d’agencer un tout organique dans lequel toutes les parties se mettent en rapport de manière chaque fois différente pour produire un sens supérieur dans la tête des spectateurs. Le spectateur d’une télévision socialiste dispose du temps humain pour exercer son identification, son intelligence et tirer ses propres conclusions. C’est un processus qui le transforme en acteur politique, en lui offrant de nouveaux éléments de connaissance. La relation télévision-spectateur ne s’épuise plus dans les processus d’identification cathartique, l’émotion redevient comme aux grandes époques le pont jeté vers la raison. Le devoir de tout homme est d’apprendre à penser avec sa propre tête (José Martí). Au fur et à mesure que l’on construit le socialisme, la télévision abandonne ce lieu central, hypnotique que lui avait assigné la bourgeoisie dans son besoin de mécanismes massifs de domination. Dans une société socialiste, la télévision devient un art de plus parmi la littérature, le théâtre, la musique, la peinture, enfin comme le dit Bertolt Brecht, parmi tous les arts qui contribuent au plus grand, l’art à vivre.

10. Oui mais… et l’identification ?


- Achetez ceci, mangez cela.. mais qui croient-ils que nous sommes ?
- Qui sommes nous ?
- Les salauds ! Ils savent que nous ne le savons pas encore.


Il ne s’agit pas de combien de kilos de viande ont été mangés ni de combien fois par année
quelqu’un peut aller se promener à la plage, ni de combien de beautés importées
peuvent être achetées avec les salaires actuels.
Il s’agit précisément, que l’individu se sente entier, avec plus de richesse intérieure
et avec beaucoup plus de responsabilité.
Ernesto Ché Guevara

Comment construire une télévision socialiste dans une culture capitaliste, individualiste, dans une société atomisée, vouée à la compétition ? Une télévision socialiste doit-elle renoncer à l’identification individuelle ? Par exemple, dans le capitalisme, on joue sur l’identification au super-flic, héros qui vient réinstaurer l’ordre ou le vouloir être identifié avec la jolie fille, riche et célèbre. Nous devons d’abord comprendre que le narcissisme de tout spectateur se divise en deux pôles (selon Freud) : le pôle IDÉAL DU MOI qui est un pôle moral, social, éthique, et l’autre pôle qui est le MOI IDÉAL comme volonté de pouvoir, de beauté, de réalisation de soi : de l’argent, de la beauté, et de plus en plus. (20)

Si on donne un million de bolivars au quidam désargenté et que nous lui demandons ce qu’il compte en faire, le plus probable est que son MOI IDÉAL réponde avant l’IDÉAL DU MOI. Il rêvera peut-être de vivre dans une grande maison sur une île, avec beaucoup de domestiques et de jolies filles autour de lui et d´être de vacances tout le temps. Il va retourner sa condition d’exploité en celle d’exploiteur. La publicité commerciale est l’appareil idéologique majeur du capitalisme mondial, en ce qu’il opère sur ce MOI IDÉAL. Une pulsion orale jamais satisfaite par la marchandise comme immense sein maternel. Par contre, l’IDÉAL du MOI représente la possibilité de développer un certain type d’héroïsme et d’engagement historique. C’est une pulsion basée sur la compréhension historique de ce qui est en train de se passer, la possibilité d’accéder à une histoire collective. Dans un projet socialiste, on s’identifie avec un projet de bien-être social ou avec sa figure héroïque. Il n’existe en fait que des idéaux historiquement justes (socialisme intégrateur) ou individuellement faux par imaginaires et inaccessibles, mais qui fonctionnent clairement parce qu’ils caressent notre narcissisme (rêve de toute-puissance individuelle).

Si nous parlons d’une esthétique socialiste de la télévision, les questions sont : par quelle médiation d’acteur, dramaturgique ou symbolique, allons-nous construire notre imaginaire socialiste, et cesser d’être colonisés par la consommation de masse ? Comment ajouter à la première étape de la reconnaissance des exclus, rendre visible des masses indigènes, des paysans, des secteurs populaires, une nouvelle étape mobilisatrice : la construction de l’horizon socialiste par le biais de personnages nouveaux et de narrations nouvelles. Sans tomber dans la propagande, la manipulation, le narcissisme primaire ? “C’est pourquoi il est juste de penser que la réalisation d’un langage nouveau, libéré et libérateur, ne peut pas naître que de l’intégration à la culture populaire qui est vivante et qui est en mouvement. Un processus révolutionnaire ne verra jamais le jour sans l’activation et la participation dynamique du peuple. Au cinéma, il doit se produire la même chose. Si cela ne se produit pas, c’est qu’il n’y a pas de réciprocité, et s’il n’y a pas réciprocité, il y a opposition, c’est-à-dire "conflit”. Parce que ce que l’artiste donne au peuple doit être, rien moins que, ce que l’artiste reçoit du peuple”. (21)

Sources :
1. Voir aussi Armand Mattelard, Patricio Biedma & Santiago Funes, Comunicación masiva y revolución socialista, Prensa Latinoamericana, Santiago de Chile 1971.
2. Simón Rodríguez citado por Richard Gott, In the shadow of the Liberador, Verso, Londres 2000, p. 116.
3. Carlos Marx, Federico Engels, Obras Escogidas en tres tomos (Editorial Progreso, Moscú, 1974), t. I.
4. Federico Engels, Anti-Dühring (1876-1878), Editorial Grijalbo, México, 1964.
5. István Mészáros, El desafío y la carga del tiempo histórico, Vadell Hermanos / CLACSO, Caracas 2008.
6. Pierre Bourdieu (director), La Miseria del Mundo. Buenos Aires, Fondo de Cultura Económica,. 1999.
7. Armand Mattelard, Patricio Biedma & Santiago Funes, Comunicación masiva y revolución socialista, Prensa Latinoamericana, Santiago de Chile 1971.
8. Paulo Freire, La educación como práctica de la libertad, Siglo XXI Editores Argentina 2004.
9. Ernesto Che Guevara, El hombre y el socialismo en Cuba, in antología mínima, Ocean Press 2005.
10. Luis Suárez, historiador cubano, conferencia en Vive TV, septiembre 2008.
11. Blaise Pascal, Pensamientos,Buenos Aires : Ediciones Orbis, 1984.
12. Dziga Vertov, El Cine-Ojo, de. Fundamentos, Caracas-Madrid 1973.
13. Armand Mattelard, Patricio Biedma & Santiago Funes, Comunicación masiva y revolución socialista, Prensa Latinoamericana, Santiago de Chile 1971.
14. Ibidem
15. Peter Watkins, Media Crisis, Ed. Homnisphères, Paris 2003.
16. Hugues le Paige, Télévision publique contre World Company. Bruxelles, Éd. Labor 2001.
17. Herbert Marcuse. "El arte como forma de la realidad", New Left Review 74 (Julio-Agosto 1972).
18. Luis Althusser, La filosofía como arma de la revolución, Siglo XXI, México, 1968.
19. Hugues Lepaige, reportage publié dans la Revue Politique n°52, Bruxelles, déc. 2007.
20. Claude Bailblé, professeur de cinéma, atelier de formation à Vive, 2007-2008.
21. Sanjinés, Jorge, Teoría y práctica de un cine junto al pueblo, Siglo XXI, México, 1979.

Traduit par le collectif vive-Belgique (www.vive-be.org)