Pourquoi ViVé ? I. La critique des médias

ViVé est tout d’abord une association créée dans la ville de Grigny pour gérer le jumelage entre cette petite commune du Rhône et Francisco Linares Alcantara au Vénézuéla. Ce jumelage est un rapprochement naturel d’expériences diverses de la démocratie participative. Les habitants de Grigny prennent en main le budget de leur ville, les vénézuéliens prennent en main la reconstruction de leur société. Le projet qui prime par dessus tout cette coopération est le projet de télévision participative.

Au Vénézuéla, la création de chaînes locales et nationales participatives a été rendue nécessaire par une constante désinformation des médias privés majoritaires, aux mains des mêmes puissances de l’argent qui tentent depuis des années de destituer Chavez. Lors du coup d’Etat contre Hugo Chavez, les médias ne montraient que les manifestants libéraux, les pro Chavez, pourtant plus nombreux, étaient relégués aux oubliettes. Des images ont été détournées, on a voulu faire croire au monde que le « dictateur » Chavez avait enfin péri sous l’élan démocratique défendu par les libéraux.

D’autres images moins relayées, mais ancrées dans un contexte réel, sans détournement, montrent les partisans de Chavez, issus du peuple, qui défendent bec et ongle un régime qui leur permet enfin d’exister hors des barrios, hors des taudis que les politiques libérales leur ont laissé. Un peuple qui prend conscience que son avenir est dans l’action citoyenne, que l’égalité des chances est encore possible si l’on se met à envisager une autre voie que la logique libérale. Le Vénézuéla est le huitième producteur de pétrole au monde, et pourtant, à Caracas et ailleurs, les bidonvilles n’ont jamais tant fleuri que lorsque les multinationales pétrolières faisaient le plus de bénéfices.

15 mars 1944. Le Conseil national de la résistance proclame son programme pour la France d’après - guerre. En autres : - l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;
- la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;
- la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères.

Aujourd’hui, si l’exemple du Vénézuéla est presque caricatural en ce qui concerne les tentatives de manipulations médiatiques, nos sociétés occidentales n’en sont pour autant pas loin. Soit disant protégées par une longue histoire de la démocratie, elles se sentent à l’abri de tout totalitarisme notamment grâce à ce quatrième pouvoir, contre-pouvoir absolu, qu’est la presse. Mais il se trouve qu’aujourd’hui, l’indépendance n’a plus lieu d’être face aux puissances de l’argent : la liberté éditoriale du journal Libération a trouvé ses limites face aux deniers de son actionnaire majoritaire, préférant se débarrasser du fondateur du journal plutôt que de remettre en cause le pouvoir financier d’un patron de paille. Tel autre journal doit se séparer de son directeur historique après un article qui a déplu au ministre de l’intérieur...La télévision selon les mots d’un célèbre patron de chaîne ne cherche plus aujourd’hui qu’à établir des programmes facilitant l’accueil par le téléspectateur des spots publicitaires... C’est finalement plus simple d’absorber les tonnes de messages consuméristes sur les shampoing, lessives et aliments pour chiens quand on regarde une bonne téléréalité elle même déjà amplement sponsorisée... Et à partir du moment où le cerveau est devenu suffisamment spongieux, il n’a plus aucune raison de s’alerter des pressions exercées sur la presse par un ministre de l’intérieur accessoirement président d’un des plus grands partis politiques nationaux. Tout est normal !

La télévision a tous les pouvoirs. Elle prend tout le temps libre de la plupart de nos concitoyens, ce temps qu’il nous reste pour nous forger notre libre arbitre après une journée de travail en général plus qu’aliénante. Elle le prend et en fait un véritable formatage pour une société ultra-libérale, où le bonheur se trouve dans la consommation à outrance. Les informations ne sont relayées que sommairement au gré des modes, des humeurs et des amitiés politiques ou économiques. La subjectivité est la règle. Il est bien connu qu’il y a beaucoup moins d’événements graves dans le monde en période de coupe du monde de football ! Y a-t-il d’ailleurs quelque chose de plus grave au monde que le Mondial ou que la Star Académie ? Au vu du traitement médiatique accordé à ces programmes, la réponse n’est sans doute pas celle qu’on attend... Il faut dire qu’il y a peut-être davantage de sincérité dans ces émissions que dans l’information sur l’Irak, l’Afghanistan, Cuba ou le Vénézuéla. Nous sommes tous des américains !

Alors subjectivité pour subjectivité, autant prendre la plus saine et commencer à fabriquer son information soi-même. La confiscation par les élites des techniques journalistiques écrites, radiodiffusées ou télévisées ne peut plus tenir à l’heure où elle n’est plus synonyme de qualité, où la technologie, et donc les moyens de diffusion, s’est démocratisée. La démocratie doit être participative pour ne plus que les élites confisquent le pouvoir que le peuple leur a confié. Les médias doivent être participatifs pour la même raison et parce que la liberté d’expression n’est rien sans possibilité de communication.

La télévision participative a déjà son histoire en France et ailleurs. Ailleurs, au Vénézuéla, elle a une existence officielle et est encouragée. En France, elle fut encouragée en théorie lorsque Catherine Trautmann passa par le ministère de la culture. Mais la théorie resta lettre morte. Le CSA continue à faire barrage sur les ondes hertziennes aux télévisions associatives ne se subvenant pas par elles-mêmes (donc par la publicité), les tv participatives continuent à exister par des circuits parallèles : internet ou projections publiques.

C’est la voie que choisit ViVé, pour aller progressivement. L’intérêt est aussi de prendre le temps de se former, de transformer la pratique vidéo et journalistique vers une qualité minimale, de se libérer peu à peu des cadres rigides qui nous ont formaté pendant des années sur le petit écran. Internet d’abord, accompagné de projections publiques dès la fin de cette année. Après, pourquoi pas une chaîne locale câblée dès lors que le contenu le permettra...

ViVé pour [vidéo vérité] : la vérité des gens, pas celle des élites ; le quotidien des citoyens, pas celui de la bourse ; la télévision de tous pour tous qui fait le pari d’une intelligence collective plutôt que celle qui fait le pari de nous transformer en cobayes de Pavlov.