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mercredi 19 juillet 2006

14 juillet 2006

Visite d´un cacique indigène d´Amazonas à la recherche d´appui. Il y a une semaine Vive a organisé pas loin de Puerto Ayacucho un atelier de huit jours pour quelques membres de la communauté. Bien sûr la caméra ne tremble pas, claire comme tous les gestes, ne froisse qu´un peu de la clairière. La précision émane du premier film réalisé par la communauté, l´universalité du travail indigène qui en a marre d´être “vieux”, c´est-à-dire d´être vu par l´autres. Pour Daimoo ce n´est donc, logiquement, que le début. Il a fait les douze heures de route dans l´autre sens, Amazonas-Caracas – l´autobus au-dessus du fleuve, pour proposer d´aller plus loin, demander d´autres ateliers. “On parle de nous”, dit-il en débarquant dans le bureau de Blanca, présidente de Vive, on dit de nous “il y a des siècles ils vivaient... Mais nous vivons ! En plus le jour sert a travailler, la nuit pour penser, donc ces siècles de vie, cela fait un temps beaucoup plus long, alors pourquoi dire seulement quelques siècles ?” Il y a les documentaires faits pour le marché européen - exploiter les paradis perdus. Il y a eu il y vingt ans, un documentaire qui a transmis la parole d´un cacique indigène au reste du pays. Carlos Azpurua, a fait cet “hablo a Caracas”, impatience indigène face à l ´incompréhension organisée par les bureaucrates de Caracas. En juillet 2006, dans le bureau de Blanca, se trouvent aussi Adan, chef des opérations (86 travailleurs qui font l´essentiel du travail à Vive), Yuruani, responsable de la production indépendante et qui a passé son enfance en terres indigènes sur les pas de son pere médecin rural, et Benjamin, un francais bolivarien qui coordonne ces ateliers de l´Ecole de Cinéma de Vive. Décisions : un atelier dans quelques semaines, fin août. Une caméra en coproduction pour que la communauté soit autonome. Diffuser par Vive des cours de langue indigène (une dizaine de langues pour la région) tant qu´il est temps (et à travers chaque sens multiple de chaque mot, raconter le maximum d´histoires). Que cette école soit permanente, forme des formateurs (qui continuent le travail de communauté en communauté). Ainsi le noticiero indigena né autour de notre antenne régionale du Zulia, va s´étoffer de plus de voix.

samedi 15 juillet 2006

13 juillet 2006.

Vive transmet en direct une assemblée de pêcheurs assis en rond sur un bord de la carte, à la limite nord de l´Etat de Falcon. Un Etat qu´on ne voit dans aucune télévision depuis bien longtemps. Le programme s´appelle “VIVE mobile” : une semaine de rencontres, d´enquêtes, suivie d´une semaine de tournages, d´émissions en direct, depuis les profondeurs du Venezuela. Nous avons inventé ce programme en mouvement, ce concept de télévision hors de la télévision il y a quelques mois, sous la pression des changements sociaux, politiques, sous la demande pressante partout ressentie du pouvoir populaire qui se construit lentement. Vive devient la peau de ce peuple en mouvement. Manière aussi, à la manière d´une colonne de guerrilleros, de semer les contacts, de nouer des alliances, pour le jour, pas si lointain, oú notre chaîne transmettra les multiples regards non de “journalistes professionnels” mais de citoyen(ne)s armé(e)s de caméras par notre école. Notre équipe dort peu, depuis son départ le dimanche à l´aube, à bord de l´autobus de la chaîne. Construire Vive c´est aussi lutter contre les individualismes, les volontés de pouvoir... Certains au sein de notre équipe pensent encore que leur autorité est un privilège, que le véhicule peut être utilisé à des fins personnelles, d´autres, à la base, ne l´acceptent plus. Ils ont raison. Il faudra au retour à Caracas, corriger, encore, dialoguer beaucoup, tirer les lecons, prendre les mesures qui s´imposent. Ce 13 juillet 2006 à 18 heures donc, en direct sur notre écran, le cercle de pêcheurs prend la parole. La transmission par fly-away, un saut technologique conquis au bout de deux ans d´existence de Vive, s´apprête à lancer leurs mots en direct aux quatre coins du pays. Ici, pas de journaliste pour donner et reprendre la parole sans même savoir de quoi est faite la vie des pêcheurs. Non. Une femme du village, responsable de la coopérative, lance elle-même la discussion. La coopérative et son rapport à l´Etat. Les maisons encore à construire pour les pêcheurs, renforcés par la loi de la pêche. Vive : télévision qui prophétiserait depuis le Venezuela une télévision dont l´Humanité a trop besoin – celle qui fait remonter à la surface les rapports entre les êtres et les choses. Cette télévision par laquelle le citoyen peut penser à ce qui est bon pour tous. Non pas la télévision qui murmure “ce qui est bon pour toi”. Voilà vingt minutes, jusqu´à 19 heures et plus si le débat continue, que les pêcheurs débattent. Ce cercle est une des formes typiques de Vive en tant que laboratoire de mass média socialiste. “Ce n´est que d´une technique que l´on peut déduire une idéologie”. Cercle par lequel l´être humain se fait citoyen et sort de l´animal. Ce n´est pas seulement l´absence de modérateur, l´absence de journaliste trônant au milieu de l´image, qui le permettent. C´est qu´autour de ce feu absent, la parole tourne et retourne, et s´élève lentement, s´élève jusqu´aux décisions, aux appels à agir, vers ceux qui regardent par ce bout de satellite jusqu´a la conclusion ouverte. Dans la Hora de los Mangos produite par notre première antenne régionale (dans l´Etat de Zulia) c´est une mangue qui vole de main en main, lancée par celui qui vient de parler à celui qui parle. La caméra suit la mangue qui se déplace avec la parole qui rebondit, de bouche en bouche. Egalité des voix, mouvement égalitaire de la caméra. Distances respecteuses, dignes, citoyennes de la caméra. La télévision du futur n´aura plus besoin de gros plan émotifs. On voit aussi, derrière ces pêcheurs, la mer du Venezuela, une mer qui sort de la carte postale et devient elle aussi, une image pleine. Chargée de chaque mot des pêcheurs, mer réelle : une mer de travail. Vive ne montre pas un paysage mais une lutte. Demain des enfants exploités par une entreprise de pêche industrielle tendront vers nos mains des blocs de sel, dans ce Venezuela qui sort lentement de la carte postale offerte par les multinationales.