samedi 24 mars 2007
Deux nouveaux chantiers
Par Thierry Deronne, samedi 24 mars 2007 à 21:10 :: General
2007 ouvre deux nouvelles étapes de construction d´une télévision révolutionnaire. D´abord le développement de la production intégrale, c´est-á-dire la rupture avec la division du travail observable dans n´importe quelle entreprise de télévision entre ”techniciens” et “producteurs”, entre “manuels” et “intellectuels”, division qui est au fondement du travail capitaliste. Karl Marx évoquait cette nécessité de dépasser une société “oú travaillent des peintres” par une société oú des “hommes peuvent entre autres choses, s´occuper de peindre”. Comment parler au Venezuela en 2007, de “socialisme”, si nous perpétuons la même hiérarchie, la même division, le même mode de production que celui de la télévision privée ? Olivier Cyran, un des rédacteurs de CQFD, journal réalisé par un collectif de chômeurs en France : “Le discours des médias n’est pas franchement au cœur de nos soucis. C’est plutôt leur fonctionnement qui nous intéresse, la façon dont ils reproduisent en interne les schémas de domination propres au monde de l’entreprise, y compris - et parfois surtout - dans cette presse dite « de gauche » qui dénonce les injustices tout en en fabriquant d’autres. Les médias ne mentent pas forcément : dans leur vie de bureau et sur les fiches de paie, ils disent même très souvent la vérité.” A Vive pour que tou(te)s les travailleur(se)s participent pratiquement et intellectuelement á la production, des ateliers leur offrent les outils de l´Histoire, de la sociologie, de la philosophie, de la dramaturgie et les langages du tournage, du montage, du mixage. Les “cercles de réalisation” poursuivent ce travail de réunion des acteurs et actrices de la production, á travers la vision et l´évaluation collectives des programmes.
Autre chantier : la fiction. Il y a longtemps que le genre a été accaparé par les médias privés, de la pire des manières. Le besoin de baisser les coûts de production a appauvri la telenovela au point de remplacer une émotion par un effet musical et de répéter á l´infini un scénario unique, tout en exploitant les travailleurs. L´engouement persistant du public pour ces sous-feuilletons vient de ce qu´il ne dispose pas d´alternative. Comment, du côté de nos chaînes infiniment sérieuses, produire une fiction révolutionnaire, qui retrouve les voies de l´imagination, de l´humour, de l´identification et du plaisir du spectateur ? Un collectif de travailleurs d´une entreprise récupérée (Etat de Miranda), qui a suivi un de nos ateliers en 2006, revient vers nous avec trois épisodes autoproduits par leur coopérative audiovisuelle. Le héros de leur telenovela ? un jeune gars qui cherche du boulot, de rue en rue, de maison en maison, d´entreprise en entreprise. Malgré les problèmes de son et d´image de cette tentative, on est aussitôt emporté par ce personnage, par le mouvement du récit, on veut connaître la suite. On sent aussi la passion de créer ensemble, la force de la participation populaire, la connaissance approfondie du thème. On a décidé de leur prêter main forte. A travers l´analyse de “L´arbre aux sabots” de Ermanno Olmi, de “Un merveilleux dimanche” de Akira Kurosawa, du “Voleur de bicyclettes” de De Sicca ou de “Limelight” de Charles Chaplin, avec l´aide des nouvaux jeunes formateurs de l´école de Vive qui reparlent du langage de la caméra, on arrive á un nouvel essai vidéo oú le récit s´étoffe, se déploie dans la construction des personnages, dans la préparation dramatique, dans la mise en scène enfin. Reparti dans la communauté, le collectif prépare actuellement le pilote de la série.
Un merveilleux dimanche, de Akira Kurosawa (1947)

